Les noëls bressans français
Laissez paistre vos bestes
Sur l'air n°XXII
Laissez paistres vos bestes,
Pastoureaux,
Par monts et par vaux,
Laissez paistre vos bestes,
Et venez chanter Nau.
J'ai ouy chanter le rossignô,
Qui chantoit un chant si nouveau,
Si haut, si beau,
Si résonneau,
Il me rompoit la teste,
Tant il preschoit
Et caquetoit.
Adonc prins ma houlette
Pour aller voir Naulet.
Je m'enquis au berger Naulet :
As-tu ouy le rossignolet
Tant joliet,
Qui gringotoit
Là haut sur une espine ?
Ouy, dit-il, ouy
Je l'ai ouy ;
J'en ai pris ma buccine
Et m'en suis resjouy.
Nous dîmes tous une chanson ;
Les autres y vinrent au son.
Or sus, dansons,
Prends Alison ;
Je prendrai Guillemette,
Et toi Margot,
Le gros Guillot ;
Qui prendra Péronnelle ?
Ce sera Talebot.
Comment, Guillot, ne viens-tu pas ?
J'y vais, dit-il, à l'entrepas,
Tu n'entends pas
Du tout mon cas ;
J'ai aux pieds engelure,
Ne puis trotter
Ni galoper ;
L'ai prise de froidure
En allant estraquer.
Marche devant, pauvre mulard,
Et t'appuye sur ton billard ;
Et toi, coquard,
Vieil loriquard,
Tu dois avoir grand'honte ;
En rechignant
Ainsi des dents ;
Je n'en tiendrois pas compte
Au moins devant les gens.
Nous courûmes avec roideur
Pour voir notre doux Rédempteur,
Et Créateur
Et formateur ;
Il avait, Dieu le sçaiche,
Assez besoin
De plus de soin ;
Il gisoit dans la crèche
Sur un botteau de foin.
Sa mère avec lui se trouvoit ;
Un vieillard si leur éclairoit,
Point à l'Enfant
Ne ressemblant ;
Il n'étoit pas son père,
Ce qu'au museau
J'aperçus tôt ;
Il ressemble à sa mère,
Encore est-il plus beau.
Nous avions un bien gros paquet
De vivres pour faire un banquet ;
Mais le muguet
De Jean Huguet
Avoit sa levrière
Qui, nez en l'air,
L'a découvert :
Ce fut la chambrière
Qui laissa l'huis ouvert.
Pas ne laissâmes de gaudir,
Je lui donnai une brebis ;
Au petit Fils
Une mauvis
Apporta Péronnelle ;
Et puis Naulet
Donna du lait
Dans une grande écuelle
Couverte d'un volet.
Or prions l'Enfant, Roi du ciel,
Qu'il nous donne à tous bon Noël,
Et bonne paix
De nos mesfaits,
Ne veuille avoir mémoire
De nos pêchés,
Mais pardonner
A ceux du purgatoire
Et leurs maux soulager.
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