Noëls bugistes

Noël de Saint-Rambert

Sur l'air : Quand Iris prend plaisir à boire n°XIX.

 

 

L'ange

O Bergers, l'heureuse nouvelle !

Qu'elle est brillante ! qu'elle est belle !

Qu'elle doit vous rendre joyeux !

Heureux bergers, un Enfant vient de naître ;

Mais cet Enfant descend des cieux.

Il s'est arrêté dans ces lieux ;

Allez le voir (bis) : c'est votre Maître.

Lo parè

Le père

O Benay !

O Benoît !

Benay

Benoît

Parè, què volié-vo ?

Père, que voulez-vous ?

Lo parè

Le père

Mo fiou, sa-te ran sè ze rév ?

Mon fils, sais-tu pas si je rêve ?

N'a-te zin antandiou dè brui ?

N'as-tu point entendu du bruit ?

E ma samblia què to lo ciar fariss è ;

Il m'a semblé que tout le ciel s'enflammait

Ze vey' oncor on foua què lui.

Je vois encore un feu qui luit

Z'é antandiou zen è sai quoui,

J'ai entendu je ne sais qui

Qu'a quemanda (bis) qu'on sè léviss è.

Qui a commandé qu'on se levât.

Benay

Benoît

Vo réva, randrumié-vo, Par è  ;

Vous rêvez, rendormez-vous, Père

Et on sonzo què lo ciar far è ,

C'est un songe que le ciel s'enflamme

On sonzo qu'on vos ay parla.

Un songe qu'on vous ait parlé

No n'an ran vieu nè ran antandiou bruir è .

Nous n'avons rien vu ni rien entendu bruire

Les oreillè vos an corna,

Les oreilles vous ont corné

Ou brui lo chin aran zapa.

Au bruit les chiens auraient jappé

Laiché l'éclar (bis) què vo vié luir è.

Laissez l'éclair que vous voyez luire.

Lo par è

Le père

E sara tè-mémo què rév è .

Ce sera toi-même qui rêves

A to moman lo sèluay lév è ;

A tout moment le soleil se lève

E gran zor, on y vay deza.

C'est grand jour on y voit déjà

Léva-tè don, nè saray mai atandr è  ;

Lève-toi donc, je ne puis plus attendre

E sè te cray què z'é sonza,

Et si tu crois que j'ai songé

Chou sonzo m'ara seneza

Ce songe m'aura signifié

Quarquè secret (bis) qu'é fau aprandr è .

Quelque secret qu'il faut apprendre

Benay

Benoît

Ze sai prau què vos ay san rét a

Je sais assez que vous avez sans cesse

Dé tarnavélè pè la tét a ,

Des chimères par la tête

Què ne daygnerai far' on pa.

Que je daignerai faire un pas

Lo sonzo son tozor tui dé messonz è  :

Les songes sont toujours tous des mensonges

Quarqu' ètayla qu'ara cola…

Quelque étoile qui aura coulé…

Ou sèluay lo polè chanta…

Au soleil les poulets qui auront chanté…

Ran n'é ple fau (bis) què ce qu'on sonz è .

Rien n'est plus faux que ce qu'on songe.

Lo parè

Le père

Léva-tè, tè dio, tr in g ain n a ;

Lève-toi, te dis-je, fainéant

Sè z'y vay, tè payré ma p in n !

Si j'y vais, tu paieras ma peine !

N'amo pa qu'on mè raysonay.

Je n'aime pas qu'on me raisonne.

Benay

Benoît

E n'amo pa, mè, qu'on mè revaillass è  ;

Et je n'aime pas, moi, qu'on me réveille

Ze vos assuiro què Benay

Je vous assure que Benoît

Nè saillera pad è sa touay

Ne sortira pas de son lit

Qu'atro què vo (bis) nè s'an meillass è .

Qu'un autre que vous ne s'en mêle

L'ange

O Bergers !

Lo parè

Lepère

Play, què faut-ay far è ?

Plaît-il, que faut-il faire?

L'ange

Bergers, vite, qu'on se prépare !

Ah ! bergers, que vous êtes lents !

Vous résistez à des ordres célestes ;

Quoi ! vous demeurez chancelants,

Et des avis si consolants

Ne produiront (bis) que des contestes !

Lo parè

Le père

Vos ay tor, l'ami, dè vo plandr è  ;

Vous avez tort, l'ami, de vous plaindre

Parla, qu'on pouèssè vos antandr è  !

Parlez, qu'on puisse vous entendre !

Nos éran pouay tuy andrumi.

Nous étions d'ailleurs endormis.

S'é fai dè brui, nos an viu dè feséte,

Il s'est fait du bruit, nous avons vu des fusées

E lo son nos a épagni.

Et le son nous a étourdis.

Oncor nè sat-on qu'à demi

Encore ne sait-on qu'à demi

Nè cé què y a (bis), nè quoui vos éte !

Ni ce qu'il y a, ni qui vous êtes !

L'ange

Bonnes gens, calmez votre crainte ;

Ne prenez pas pour une feinte

Ce que je dis d'un ton pressant.

Marchez sans peur vers l'une de ces granges,

Vous y trouverez un Enfant

Qu'on dit le Fils du Tout-Puissant ;

Et moi je suis (bis) l'un de ses anges.

Lo parè

Le père

E n'é pas oncor tro créyabl o

Il n'est pas encore trop croyable

Qu'on Dié say na dans en'établ ;

Qu'un Dieu soit né dans une étable

Cho discor sin la chatoni.

Ce discours sent le mensonge

Çarcé ple louan à quoui ou far è crayr è  ;

Cherchez plus loin à qui le faire croire

No sayon bin qu'i day veni,

Nous savions bien qu'il doit venir

Mai ma loza? É ma forni?

Mais mal logé ? et mal fourni ?

A quarquè niai (bis) d'où far' ancrayr è  !

A quelques niais de le faire encroire !

L'ange

Il n'est pas encore trop croyable

Qu'un Dieu soit né dans une étable ?

Mais, Bergers, il est vrai pourtant.

Nous admirons, au ciel, cette conduite ;

Vous pouvez bien en faire autant.

Mais il vous est très important

D'en découvrir (bis) toutes les suites.

Benay

Benoît

Ze n'é pa an téta qu'i mant ,

Je n'ai pas en tête qu'il mente

Ne crayo pa qu'i nos an vand

Je ne crois pas qu'il nous en vende

Nè qu'i voliay nos atrapa.

Ni qu'il veuille nous attraper

Venian dou ciar, é sare bin étranz o

Venant du ciel, il serait bien étrange

Qu'i voluissè no gascona ;

Qu'il voulût nous gasconner

Quoui dère don la vereta

Qui dirait donc la vérité

S' é nè son pas (bis) o man los anz ?

Si ce ne sont pas au moins les anges ?

Lo parè

Le père

An to ca, ze prenio ma frand a .

En tout cas, je prends ma fronde

Par té, prépara quarquè viand ;

Pour toi, prépare quelque viande

Pran dè pan, dè pom é des ouè,

Prends du pain, des pommes et des œufs

E pouay dè sa, dè bouir' é dè fromaz o ,

Et puis du sel, du beurre et du fromage

Dè lassay pè farè dè brouè ;

Du lait pour faire du brouet

E sè l'Efan n'a zin dè cruè,

Et si l'Enfant n'a point de berceau

T'an ére qu'ri (bis) yon ou velaz o .

Tu en iras quérir un au village.

Benay

Benoît

Nè vetia pa mâ dè bagaz ;

Ne voilà pas mal de bagage

Faijans an on peu lo partaz ;

Faisons-en un peu le partage

E va chè, Parè, retenié ;

Ça va choir, Père, retenez

Per on éfan, la charz' é tro pesant :

Pour un enfant, la charge est trop pesante

Guéta vay cho que vo volié

Regardez voir ce que vous voulez

Dè la besaç' ou dou panié ;

De la besace ou du panier

Li ou liay m' ét (bis) indiferant a .

Lui ou elle me sont indifférents.

Lo parè

Le père

Depachan, ayan bon coraz ;

Dépêchons, ayons bon courage

Vetia bin dè què far omaz o

Voilà bien de quoi faire hommage

Ou Popon que no von sarva.

Au Poupon que nous allons conserver

Droblan l opa, mo fiou, lo tan mè dour è  ;

Doublons le pas, mon fils, le temps me dure

Que nos y pouayssan areva

Que nous y puissions arriver

E que no lo pouayssan trova

Et que nous le puissions trouver

Per solazé (bis) çan què ‘l andour è  !

Pour soulager ce qu'il endure !

Benay

Benoît

Avesan ! què volié-vo fouirè ?

Avisons ! pourquoi voulez-vous courir ?

Areta vay, régarda luir è

Arrêtez voir, regardez luire

Cho Popon soc ho çapetai :

Ce Poupon sous ce toit

‘L et andrumi, sa Marè què lo suègne

Il est endormi, sa Mère qui le soigne

Di que, setou qu'elle' ara fai,

Dit que, sitôt qu'elle aura fait

No poran ufri notron fai ;

Nous pourrons offrir notre fardeau

S'elle n'ou di (bis), dou man lo guègne.

Si elle ne le dit, du moins elle le fait entendre par signe.

 

 


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