Noëls de Pont-de-Vaux

L'adoration des mages

Sur l'air des Pélerins de Saint-Jacques n° XV

 

 

Nos alin raconté l'istoayre

Nous allons raconter l'histoire

De quatro Ray

De quatre Rois

Don lo premi a fai la gloayre

Dont le premier a fait la gloire

Dés autro tray ;

Des autres rois

Pre ç'li nos an in preu parlé ;

Pour celui-là nous en avons assez parlé

Mai lous trays autr o

Mais les trois autres

On porre bin lous apalé

On pourrait bien les appeler

Lou tray premis apôtr o .

Les trois premiers apôtres.

Quant el uron su la néssance

Quand ils eurent su la naissance

De cel Anfan

De cet Enfant

Que venie betr' an delivrance

Qui venait mettre en délivrance

Le bone zan

Les bonnes gens

I se resoluron to tray

Ils résolurent tous trois

D'on gran coroz o

D'un grand courage

De faire, pre lo veni vay

De faire, pour le venir voir

On gran pelerenoz o

Un grand pèlerinage.

I coniéssan, pre leu siance,

Ils connaissaient, par leur science

Noutron Segneu ;

Notre Seigneur

El avan predi la néssance

Ils avaient prédit la naissance

Que vos ay vieu :

Que vous avez vue

I savan to çan qu' dedan

Ils savaient tout ce qui est dans

Lo décalog o ;

Le décalogue

El éran tui tray bin savan

Ils étaient tous trois bien savants

E tui tray astrolog o .

Et tous trois astrologues.

I prepariron leu bagoz o

Ils préparèrent leurs bagages

Delizaman

Diligemment

Pre fair', apré çan, leu vioz o

Pour faire, après cela, leur voyage

Zoyeuzaman :

Joyeusement

El avan çoquion dan leu trin

Ils avaient chacun dans leur trin

De le muzette,

Des musettes

Dé fifro é dé tamborin

Des fifres et des tambours

Avoui dove trompette.

Avec deux trompettes

I partiron de l'Arabi a

Ils partirent de l'Arabie

Qu'é leu payi

Qui est leur pays

Pre veni du lian d'Itali a

Pour venir du côté d'Italie

To rezoyi

Tout réjouis

De vay dan lo ciar, an partan,

De voir dans le ciel, en partant

Na bal étayl a

Une belle étoile

Pre to lo cemin qu'i faisan

Par tout le chemin qu'ils faisaient

Lieu servi de çandayl a .

Leur servir de chandelle.

I travarsiron le montagne

Ils traversèrent les montagnes

San se lossé,

Sans se lasser

Le revire é le campagne

Les rivières et les campagnes

San s'areté.

Sans s'arrêter

I reçuron pré de Milan

Ils reçurent près de Milan

De l'aligraysse

De l'allégresse

D'aprandre que ç'li bal Anfan

D'apprendre que ce bel Enfant

Ere du lian de Braysse.

Etait du côté de Bresse.

Dimpi Milan, i s'an vincir on

Depuis Milan, ils s'en vinrent

Tanqu' à Turin ;

Jusqu'à Turin

Tui cé du payi lou trétir on

Tous ceux du pays les traitèrent

Avoui leu trin :

Avec leur train

De Turin i furon possé

De turin ils allèrent passer

Pré de Grenoubl o

Près de Grenoble

Uv y furon complimanté

Où ils furent complimentés

Dé borzay é dé noubl o .

Des bourgeois et des nobles.

Quan to leu trin é leu borette

Quand tout leur train et leurs voitures

Furon vé Bor,

Furent près de Bourg

I firon soné leu trompette

Ils firent sonner leurs trompettes

E leu tambor.

Et leurs tambours

Cé de la vela priron peu,

Les gens de la ville prirent peur

L'uron se bal a

Ils l'eurent si belle

Qu'i furon vé lo Governeu

Qu'ils allèrent chez le Gouverneur

L y a n porté la noval a .

Lui en porter la nouvelle.

Monse d'Antremon en parson a

Monsieur d'Antremont en personne

Lou vinci vay ;

Les vint voir

I fu ançanté de la men a

Il fut enchanté de la mine

De cé tray Ray

De ces trois Rois

I lieu fi lo vieu compliman

Il leur fit le vieux compliment

De sous ancétr o

De ses ancêtres

E lou tréti royalaman

Et les traita royalement

De la par de son métr o .

De la part de son maître.

Lo landeman, la bal' étayl a

Le lendemain, la belle étoile

Lou fi troté

Les fit trotter

Su lo cemin de Pon-de-Veyl a

Sur le chemin de Pont-de-Veyle

San s'areté ;

Sans s'arrêter

E coman ell'ère tozor

Et comme elle était toujours

Loin la premire,

Loin la première

I la suiviron to lo zor

Ils la suivirent tout le jour

A travar le çarire.

A travers les chemins.

Tui lous abitan dé veloz o

Tous les habitants des villages

Lou velian vay,

Les voulurent voir

I corrivan su lo possoz o

Ils courraient sur le passage

De cé tray Ray

De ces trois Rois

Qu'éran monté su dé çevau

Qui étaient montés sur des chevaux

Emerveliobl o ,

Merveilleux

E zamai dan lo Pon-de-Vau

Et jamais dans Pont-de-Vaux

On n'an viu de samblobl o .

On n'en vit de semblables.

I firon bin tan de peussire

Ils firent bien tant de poussière

Qu' y a n ave preu

Qu'il y en avait assez

Din la piara Matafanire

Depuis la pierre Matefanière (nom d'une borne)

Tan qu'à Cevreu ;

Jusqu'à Chevroux

Mai quan to lo gran trin fu pré

Mais quand tout le grand train fut près

De la Vadout a ,

De la Valdote

I manqui de lieus arevé

Il faillit leur arriver

Ena granta derout a .

Une grande déroute.

Dé boua que venian de la fayre

Des bœufs qui venaient de la foire

De Romenai

De Romenay

Qu'on ave detaçia pre bayre

Qu'on avait détachés pour boire

Firon bin mai;

Firent bien plus (que de boire)

I s'anfoncivan bin avan

Ils s'enfonçaient bien avant

Dan lou zan-d'arme,

Dans les gens d'arme

S'I ne s'èran po, su-lo-çan,

Si ceux-ci ne s'étaient pas, sur-le-champ

Défandu de leus arme.

Défendus de leurs armes.

Quant i furon dan lo veloz o

Quand ils furent dans le village

Pré de Gorvou,

Près de Gorrevod

I firon ranzi leu bagoz o

Ils firent ranger leurs bagages

Pre leu prevou

Par leur prévôt

Que lou fi veni dou à dou

Qui les fit venir deux à deux

Tanqu'à la vel a

Jusqu'à la ville

Uv is areviron tartou

Où ils arrivèrent tous

Avoui la bal'étayl a .

Avec la belle étoile.

I firon soné leu trompette

Ils firent sonner les trompettes

E leus auboay,

Et les hautbois

Tote le liut' é le muzette

Toutes les flûtes et les musettes

Pre ç'li gran Ray.

Pour ce grand Roi

On ne vaysè de to couté

On ne voyait de tous côtés

Que l'abondance,

Que l'abondance

E on n'antandive parlé

Et on n'entendait parler

Que de manifiçance.

Que de magnificience.

Se vos avay viu su le plance

Si vous aviez vu sur les planches

Combin de zan

Combien de gens

S'èran tui areté de rance

S'étaient tous arrêtés à la file

Pre vay to çan !

Pour voir tout cela !

To lo trin possi dan lo pré,

Tout le train passa dans le pré,

Su la revire,

Sur la rivière

E lou premi furon çampé

Et les premiers allèrent camper

Du lian de la Varchire.

Du côté de la Verchère.

Ze vedray bin betr' an pintur a ,

Je voudrais bien mettre en peinture

Se ze povay,

Si je pouvais

Lou biaus abi é la statur a

Les beaux habits et la stature

De cé tray Ray.

De ces trois Rois

Uv é-t-i ç'li qu'a zamai vieu

Où est celui qui a jamais vu

Tan de reçaysse ?

Tant de richesses ?

Lo bin qu'i porton avouy eu

Le bien qu'ils portent avec eux

Payeré bin la Braysse.

Paierait bien la Bresse.

Lo premi Ray ave na taille

Le premier Roi avait une taille

A vay de loin

A voir de loin

E, desso sa cota de maille

Et, dessous sa cotte-de-mailles

Dé brodequin ;

Des brodequins

El av' an guisa de çapiau

Il avait en guise de chapeau

On çartin cosc o ,

Un certain casque

Zamai on n'an viu de se biau

Jamais on n'en vit de si beau

Dan lo sayson dé mosc o .

Dans la saison des masques.

L'autr'ère d'ena tailla fen a

L'autre était d'une taille fine

E grocieu

Et gracieux

On coniésse bin à sa men a

On connaissait bien à sa mine

Qu'el ère vieu.

Qu'il était vieux

Se vos avay viu ç'li gran Ray

Si vous aviez vu ce grand Roi

Avoui sa barb a ,

Avec sa barbe

Vos aray san dota cru vay

Vous auriez sans doute cru voir

La meytia d'ena zarb a .

La moitié d'une gerbe.

El av' en' ourelina verd a

Il avait une hongreline verte

Desso son cor ;

Dessus son corps

Son bonet sembliv' ena cuerd a

Son bonnet semblait une courge

Faufelé d'or.

Faufilée d'or.

El av' oncor on cinturon

Il avait encore un ceinturon

D'or é de sey a ,

D'or et de soie

Avoui çartin petiet c in non

Avec une certaine petite chaîne

Que teniè sen épey a .

Qui tenait son épée.

L'autro n'ave po de malice,

L'autre n'avait pas de malice

Mai faisè peu ;

Mais faisait peur

On craygne qu'i n'epovantisse

On craignait qu'il n'épouvantât

Noutron-Segneu.

Notre-Seigneur

El av' on rubi precieu

Il avait un rubis précieux

Du couté gauce,

Du côté gauche

Mai n'ave de blian que lous yeu

Mais n'avait de blanc que les yeux

Le dan é son plemoce.

Les dents et son plumet.

El av' oncor na brov' éçarp a

Il avait encore une belle écharpe

D'or é d'arzan,

D'or et d'argent

E on corset de piau de carp a

Et un corset de couleur de peau de carpe

To reluisan.

Tout reluisant

El av' on miton à la man

Il avait à la main un manchon

Leya de zon o

Rayé de jaune

Don lo nu alive lioutan

Dont le nœud allait flottant

Su lo boua é su l'ôno.

Sur le bœuf et sur l'âne.

Tui tray avan dés oupelande

Tous trois avaient des houppelandes

Catalé d'or,

Côtelées d'or

Avoui dé gran galon d'Olande

Avec de grands galons de Hollande

Su to lou bor.

Sur tous les bords.

Leu çauss' èran, pre la sayson,

Leurs chausses étaient, pour la saison

Fait' à leu moude ;

Faites à leur mode

Ell'éran, san comparayson,

Elles étaient, sans comparaison

Coman de le garoude.

Comme des garaudes (grandes guêtres de toile).

On ne vaysè dan leu bagoz o

On ne voyait dans leurs bagages

Qu'or é arzan.

Qu'or et argent

El avan dan leus equepoz o

Ils avaient dans leurs équipages

Trays élefan,

Trois éléphants

Que portivan tui leu zoyau

Qui portaient tous leurs joyaux

E leus étr in ne.

Et leurs étrennes.

Par ice, loup le gran cevau

Par ici, les plus grands chevaux

Samblivan de le fou in ne.

Semblaient des fouines.

Dezandé, san ple de remise,

Aussitôt, sans plus de retard

Cé Ray puessan

Ces Rois puissants

Se firon mené à l'eylise

Se firent mener à l'église

Per vay l'Anfan :

Pour voir l'Enfant

I s'abéssiron devan say

Ils s'abaissèrent devant lui

Su leu simar a

Sur leur simarre

E l'adoriron coma Ray

Et l'adorèrent comme Roi

Du ciar é de la tar a .

Du ciel et de la terre.

Apré çan, i firon l'ufrand a

Après cela, ils firent l'offrande

De leu tresor :

De leur trésor

Lo premi, d'ena boayte riond a

Le premier, d'une boîte ronde

Qu'é pl in na d'or :

Qui est pleine d'or

L'autro li bali de l'ançan,

L'autre lui donna de l'encens

L'autro de mire,

L'autre de la myrrhe

Dedan dé vose ravissan,

Dans des vases ravissants

Qu'i faisè biau vay luire.

Qu'il était beau de voir luire.

I miron dan leus aliance

Ils mirent leur alliance

Noutron-Segneu

Notre-Seigneur

I redobliron leu croyance

Ils redoublèrent leur croyance

Pre l'avay vieu.

Pour l'avoir vu

I ne pansiron ple à ran

Ils ne pensèrent plus à rien

Qu'à leu vioz o

Qu'à leur voyage

E à s'an torné deuçaman

Et à s'en retourner doucement

Dedan leus armitoz o .

Dans leurs ermitages.

I firon parti leu bagoz o .

Ils firent partir leurs bagages

E to leu trin,

Et tout leur train

E priron, pre faire leu vioz o ,

Et prirent, pour faire leur voyage

N'autro cemin.

Un autre chemin

I laissiron ay Cordeli

Ils laissèrent aux Cordeliers

Leu tray vesoz o,

Leurs trois visages

Uv on vay oncor ozordi

Où l'on voit encore aujourd'hui

Cé tray gran parsonoz o .

Ces trois grands personnages.

 

 


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