Noëls de Pont-de-Vaux

Noël de plusieurs paroisses

Sur l'air : n° XIV

 

On antan pre la parosse

On entend par les paroisses

Gringoté lou mareli,

Gringotter (fredonner) les marguilliers

Que sonon tote le clioce

Qui sonnent toutes les cloches

Pre no fair' éparpeli.

Pour nous faire éparpiller.

Lous abitan de Résseuza ,

Les habitants de Reyssouze

Su lo cemin, dou à dou,

Sur le chemin, deux à deux

Avoui leu tropa zoyeusa ,

Avec leur troupe joyeuse

S'an van du lian de Gorvou.

S'en vont du côté de Gorrevod.

Le motette bin aprise

Les fillettes bien apprises

Se teniron reveillé

Se tinrent éveillées

E furon dedan l'eylise

Et furent dedans l'église

San faire le dessolié.

Sans faire les désolées

Gonar di que nion ne vègne

Gonard dit que personne ne vienne

Qu'i n'aporte son presan,

Qu'in n'apporte son présent

Quant i n'ayre qu'ena deygne

Quand il n'aurait qu'une tige de chanvre

Pre presenté à l'Anfan

Pour présenter à l'Enfant.

Queté l'eul' é lo quemoclio ,

Quitte la marmitte et la crémaillère

Barta, se t'y voui alé ;

Philiberte, si tu veux y aller

Mai t'é on vray besemoclio ,

Mais tu es un vrai besemoclio

T'omero mieu becalé.

Tu aimeras mieux sommeiller

L'onclio Meçi, la Varcire,

L'oncle Michel, la Verchère

Piaro Bardin é Graton,

Pierre Burdin et Graton

Porton dé Ciarzo de cire

Portent des cierges de cire

Pre fair' oneu u Popon.

Pour faire honneur au Poupon

Lous auboay é le muzette

Les hautbois et les musettes

Van pre rézoyi l'Anfan,

Vont pour réjouir l'Enfant

Avoui tote le motette

Avec toutes les fillettes

Que li porton dé presan.

Qui lui portent des présents.

La Barta Posseu se presse

La Philiberte Posseur se presse

E la Zona Lureti,

Et la Jeanne Lhéritier

E suivon de gran vitesse

Et elles suivent avec grande vitesse

Cé que son deza parti.

Ceux qui sont déjà partis.

La Liauda Gonar an plieure

La Claudine Gonard en pleure

Avoui la Mayria Zan-Zuan ;

Avec la Marie Jean-Jean

Elle ne veyon les eure

Elles ne voient les heures

De boqué ç'li bal Anfan.

D'embrasser ce bel Enfant.

La Mayria Creveu s'essaye

La Marie Creveur essaie

D'ampli son petiet pani,

De remplir son petit panier

P'' l'amor qu'elle se balaye

Pour qu'elle se hâte

De zoindre la compani.

De joindre la compagnie.

Pre la métressa d'écoula

Pour la maîtresse d'école

E Deni Moayrou Musè,

Et Denis Moiroud Muzel

Drubliron leu camisoula

Ils doublèrent leur camisole

P'' l'amor du fre qu'i faysè.

A cause du froid qu'il faisait.

La Mayria Graton se moque

La Marie Graton se moque

De cé que seron tro tar ;

De ceux qui seront trop tard

Elle porte de le coque

Elle porte des coques (tranches de pain frites avec la pâte)

E dé gôtiau pre sa par.

Et des gâteaux pour sa part.

Zerômo Moayrou s'aproce

Jérôme Moiroud s'approche

De la Mecire Penin

De la Michelle Penin

Per alé à la parosse

Pour aller à la paroisse

Avouy ell'é son cusin.

Avec elle et son cousin.

Ell' ave bin dan la téta

Elle avait bien dans la tête

On autro meugna que say ;

Un autre garçon que lui

Elle pansiv' à la féta

Elle pensait à la fête

Qu'on dayve faire ç'li say.

Qu'on devait faire ce soir.

Ell'aliron tot' an trope

Elles allèrent toutes en troupe

Çorci ç'li Dieu to-puessan

Chercher ce Dieu tout-puissant

Pre se faire vay se propre

Pour se faire voir si propres

A la Mayr' é à l'Anfan.

A la Mère et à l'Enfant.

La vilie Benayte Borze

La vieille Benoîte Borge

E la Cilia Laceli

Et la Cécile Lacelier

Bolivan à plinna gorze

Bouillissaient à pleine gorge

E ne puron po sailli.

Et ne purent pas monter.

Lous omo vieu é le dane

Les hommes vieux et les vieilles femmes

Ne pussiron po modé ;

Ne purent pas aller

Mai, le man dan leu metane,

Mais, les mains dans leurs mitaines

Demouriron pre gardé.

Restèrent pour garder (la maison).

Pre lou meygna que restiron

Pour les garçons qui restèrent

Coman Balan é Bardin,

Comme Baland et Bardin

Avoui leus yeu le suiviron

Avec leurs yeux ils les suivirent

To lo dulon du cemin.

Tout le long du chemin.

Lorda é la dana Mia

Lordat et la vieille Mie

Portiron pre leu presan

Portèrent pour leur présent

Dé bon grafo de trequia

De bonnes gaufres de maïs

Avoui dé gru de froman.

Avec du gruau de froment.

Y ave na se gran pressa

Il y avait une si grande presse

Que le felie de Graton

Que les filles de Graton

Pandan qu'on dise la messa

Pendant qu'on disait la messe

Furon tot' à crepoton.

Furent toutes à croupetons.

La Zona Matio prepare

La Jeanne Matiot prépare

On presan de sa façon ;

Un présent de sa façon

La Zona Borze se pare

La Jeanne Borge se pare

De son ple biau gonaçon.

De sa plus belle robe.

Toino, nostan la fraydura

Toinon, malgré la froidure

Veci alé avouy eu ;

Voulut aller avec eux

Ell' amossi la rosura

Elle ramassa la rasure (ce qui s'attache et roussit aux bords)

De la casseta de peu.

Du poêlon de bouillie.

Que deré-vo de l'étrinna

Que direz-vous de l'étrenne

De la feli' à Farolié

De la fille de Féroliet

Qu'on apole Madelinna ?

Qu'on appelle Magdeleine ?

Elle porti on grelié.

Elle porta un grelot.

D'autre felie li portiron

D'autres filles lui portèrent

Dé pognon é du meliay,

Des pognons (gâteaux de maïs) et du millet

E de le dane li firon

Et de vieilles femmes lui firent

Na bena sopa de noay.

une bonne soupe de noix

La Balan avoui sa mayre,

La Baland avec sa mère

N'ayan po d'autro presan,

N'ayant pas d'autre présent

Per aydi a la Comayre

Pour aider à la Commère

Y meniron la gran-man.

Y menèrent la grand'mère

Marci é se tray feliôtre,

Marcel et ses trois beaux-fils

E lo granzi du çotiau,

Et le granger du château

Li portiron de le tôtre,

Lui portèrent de la tarte

De la tref'é du gôtiau.

De la truffe de noix et du gâteau.

Liaudo li bali na poma

Claude lui donna une pomme

Ple groussa que lou dou poan ;

Plus grosse que les deux poings

Deni du panai de Roma

Denis du panais de Rome

E lo petiet Piar' on coan.

Et le petit Pierre un coing.

Piaro, l'outo de Feyoula

Pierre , l'hôte de Fayolle

Avoui tray de sou vaysin

Et trois de ses voisins

Li portiron dan na fioula

Lui portèrent dans une fiole

Tray çoupene de bon vin.

Trois chopines de bon vin.

Poulo, qu'a la mena saze,

Poulet, qui a la mine sage

Qu'é en anfan bin nuri,

Qui est un enfant bien nourri (élevé)

Li porti dedan na caze

Lui porta dans une cage

On brav' éçardonoayri.

Un joli chardonneret.

La gran dan' é se motette

La grande dame et ses filles

Firon na gran paneyria

Firent une grande panerée

De grafo é de galoyette

De gaufres et de galettes

Que fu tot écarmailla.

Qui fut toute brisée.

La veyva du sère Vito

La veuve du sire Vite

Portiv' on plin pani d'ua ;

Portait plein un panier d'œufs

Mai elle fu bin se vito

Mais elle alla bien si vite

Qu'i furon ecafoayria.

Qu'ils furent écarbouillés

Apré ena tola fraca ,

Après un tel fracas

Elle ne pové rété ;

Elle ne pouvait rester

Mai l'Anfan de bena niaca

Mais l'Enfant de bonne composition

Li deci de log roté.

Lui dit de le bercer.

Elle fu se lourieusa

Elle fut si glorieuse

D'avay groté lo Popon

D'avoir bercé le Poupon

Qu'elle di, tota zoyeus:

Qu'elle dit, toute joyeuse

Quoquefay moleur é bon.

Quelquefois malheur est bon

On di pre noutron velozo

On dit dans notre village

Que le fenne de Cevreu

Que les femmes de Chevroux

L y an porté de gran fromozo

Lui ont porté de grands fromages

E on pli ceudron de peu.

Et plein un chaudron de bouillie.

Lou granzi de la Feuzire

Les grangers de Fougère

Pre craytre la compani

Pour accroître la compagnie

Avoui cé de la Burlire

Avec ceux de la Burlière

Furon zoindre leu pani.

Allèrent joindre leurs paniers.

Lous on passon la revire

Les uns passent la rivière

Pre çorci ç'li Ray dé ray ;

Pour chercher ce Roi des rois

E cé de la Boçardire

Et ceux de la Bouchardière

S'an van du lian de Boayssay.

S'en vont du côté de Boissey.

Lou meygna, le zoune felie

Les garçons, les jeunes filles

Nostan la réda sayson,

Nonobstant la mauvaise saison

S'an van é laisson le vilie

S'en vont et laissent les vieilles

Becalé dan la mayson.

Sommeiller dans la maison.

La mayson du sère Piaro

La maison de sire Pierre

A fai porté vé l'Anfan

A fait porter vers l'Enfant

Quatro gran belie de boaro

Quatre grandes billes de beurre

Pre faire dé matafan.

Pour faire des matefaims.

Lou farmi de la Zutana ,

Les fermiers de la Jutane

Apré avay preto cliou,

Après avoir partout clos

Ne laissiron qu'ena dana

Ne laissèrent qu'une vieille femme

E furon du lian de Bou.

Et allèrent du côté de Boz.

Lou burin de la parosse

Les burrins de la paroisse

Uron peu d'arevé tar ;

Eurent peur d'arriver tard

U premi queu de la clioce

Au premier coup de cloche

I firon parti leu çar.

Ils firent partir leurs chars.

Monse Gran lous atandive,

Monsieur Grand les attendait

Asse bin que cé d'Ouzan ;

Aussi bien que ceux d'Ozan

Mai nion d'Ouzan n'y pansive,

Mais nul d'Ozan n'y pensait

I n'u po de leu presan.

Il (l'Enfant) n'eut pas de leurs présents.

Qu'i fai biau vay ç'le motette

Qu'il est beau de voir ces fillettes

Que son se bin araizia,

Qui sont si bien arrangées

Que van apré le muzette

Qui vont derrière les musettes

Faire la fét' à Manzia !

Faire la fête à Manziat !

Y n'é po lo to, Motette ;

Ce n'est pas le tout, Fillettes

I fau qu'on desi ardan

Il faut qu'un désir ardent

Tenie voutres ame nette

Tienne vos âmes nettes

Per y recevay l'Anfan.

Pour y recevoir l'Enfant.

Se vos éte bina prise,

Si vous êtes bien apprises

Se vo l'omé tan qu'u bo,

Si vous l'aimez jusqu'au bout

Voutron cor sera n'eylise

Votre cœur sera une église

Que vo porteré preto.

Que vous porterez partout.

Anfin se nos avan l'émo ,

Enfin si nous avons l'esprit

Tan que no sin, no l'ayran ;

Tant que nous sommes, nous le posséderions (l'Enfant)

I se voui bali say-mémo

Il se veut donner lui-même

A tui cé que l'omeran.

A tous ceux qui l'aimeront.

I fau combatre su tara

Il faut combattre sur terre

E y vivr' an zan de bin

Et y vivre en gens de bien

E, à la fin de la gara

Et, à la fin de la guerre

I s'an ressovindra bin.

Il s'en ressouviendra bien.

 

 


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