Noëls de Pont-de-Vaux

Noël de Sermoyer

Sur l'air : de Léandre n° XII

 

 

Lous abitan de Sarmouyi

Les habitants de Sermoyer

Venion d'aprandr' éna noval:

Viennent d'apprendre une nouvelle :

Qu'i dayvon vay dan leu payi

Qu'ils doivent voir dans leur pays

Ena Mayre, vierz' é peuçala ,

Une Mère, vierge et pucelle

Que lieus aporte pre presan

Qui leur apporte pour présent

La pais é sen aymobl' Anfan.

La paix et son aimable Enfant.

Queté tartou voutres outo

Quittez tous vos maisons

Pre veni vay ç'la bal étayla ,

Pour venir voir cette étoile

Qu'on day vay din lo Pon-de-Vau

Qu'on doit voir à Pont-de-Vaux

E pet-étre din Pon-de-Veyl;

Et peut-être à Pont-de-Veyle

Sa cliarté fai on se gran tor

Sa clarté fait un si grand tour

Que la né ressamble lo zor.

Que la nuit ressemble au jour.

Va-t-an d're à Mati Uprou

Va-t-en dire à Mathieu Uproz

E à Zan Poayse qu'i s'éveille ;

Et à Jean Pouise qu'ils s'éveillent

N'ubla po l'onclio Rapenou,

N'oublie pas l'oncle Rapenoz

E lieu di qu'i quetan leu veille,

Et dis-leur qu'ils quittent leur veillée

Qu'i venian, é qu'is an preu tan

Qu'ils viennent et qu'ils ont assez de temps

Per étre su leus arceban.

Pour être sur leurs archebancs.

Va-t-an dere ci Rozebou,

Va-t-en dire chez Rougeboz

Ci Zuliar é ci la Berarda

Chez Juliard et chez la Bérard

Que, s'i n'y venion po tartou,

Que s'ils ne viennent pas tous

I fairan ena tro gran parda ,

Ils feront une trop grande perte

De ne po vay ç'li bal Anfan

De ne pas voir ce bel Enfant

Que lou crey' é que lous atan.

Qui les appelle et qui les attend.

Zorzo Zuenté, Flebar Carti,

Georges Juent, Philibert Cartier

Flebar Lacroay, la tanta Gueta ,

Philibert Lacroix, la tante Guète

L'Izabiau, la vayra Fati,

L'Isabeau, la veuve Fatier

E la gran' tanta Marguerita ,

Et la grand'tante Marguerite

Quan ell'uron fai un presan,

Quand elles eurent fait leur présent

Zamai le ne brayssiron tan.

Jamais elles ne pleurèrent tant.

Cé dé Faran éran zà loin,

Ceux des Ferrands étaient déjà loin

On lou vaysè dessu le çarme ;

On les voyait dessus les Charmes (nom d'un pâturage)

I paréchan su lo cemin

Ils paraissaient sur le chemin

Coman na tropa de zandarme

Comme une troupe de gendarmes

Que vedran, avoui leu presan,

Qui voudraient, avec leur présent

Amporté lo cueur de l'Anfan.

Emporter le cœur de l'Enfant.

L'Isabiau, fenna de Canar

L'Isabeau, femme de Canard

E felie de la Madelinna

Et fille de la Madeleine

S'ell'ère fenna d'on rechar,

Si elle était femme d'un richard

Elle faire bin n'autr' étrinna ,

Elle ferait bien une autre étrenne,

Elle pri son biau gonaçon,

Elle prit sa belle robe

Per y mené sou dou baysson.

Pour y conduire ses deux jumeaux.

Lous abitan de Biçateu,

Les habitants de Bichateux

Cé dé Tebau, é Zan Curace

Ceux des Thibaut, et Jean Curace

Ne furon po loup le coayteu ;

Ne furent pas les plus pressés

I lechetivan su la liace

Ils glissaient sur la glace

E i s'éçarfiron bin tan

Et ils s'échauffèrent bien tant

Qu'i furon tar pre vay l'Anfan.

Qu'ils furent tard pour voir l'Enfant.

Toussin Lacroay, Liaud' é sa sur

Toussaint Lacroix, Claude et sa sœur

E la felie de la Berarda ,

Et la fille de Bérard

An possan vé çi Zôque Cur,

En passant devant chez Jacques Cœur

Zoigniron na tropa gaillarda

Joignirent une troupe gaillarde

Qu'ére tota de zoune zan

Qui était toute de jeunes gens

Qu'alivan adoré l'Anfan.

Qui allaient adorer l'Enfant

Tounio, Curac' é son cusin

Toinon, Curace et son cousin

Vincerin acreytre la banda ,

Vinrent accroître la bande

E Dori é Francey Peutrin,

Et Dorrier et François Putrin

Que revenian de çameranda ,

Qui revenaient de Chamerande

Areviron oncor à tan

Arrivèrent encore à temps

Per adoré ç'li bal Anfan.

Pour adorer ce bel Enfant

Pre Zorzo é Zan Rozebou,

Pour Georges et Jean Rougeboz

E la Mayria leu bala felie  ;

Et la Merie leur belle-fille

Vinciron avoui say tui dou,

Ils vinrent avec elles tous deux

E portiron de les arbelie

Et portèrent des abeilles

Pre fair' oneu à cel Anfan

Pour faire honneur à cet Enfant

Que nos aminne lo bon tan.

Qui nous amène le bon temps.

La Mayria Cul'é son gaçon,

La Marie Cula et son garçon

Avoui Laurance la Temossa ,

Avec Laurence la Temossa

Li portiron, de leu façon,

Lui portèrent, de leur façon

On plin tepin de bena sauça ,

Un plein pot de bonne sauce

E cé, qu'an tôtiron los ay,

Et ceux qui en tâtèrent le soir

S'an leciron lou quatro day.

S'en léchèrent les quatre doigts.

Meygna, no dayran l'alé vay

Garçons, nous devrions l'aller voir

E li porté tui quoque çousa .

Et lui porter tous quelque chose

Canar li porte de le noay

Canard lui porte des noix

E l'Isabiau de l'aigue rouz;

Et l'Isabeau de l'eau rouge

Se vo savay que lou presan

Si vous saviez que les présents

Rezoyon la Mayr' é l'Anfan !

Réjouissent la Mère et l'Enfant !

Rapenou li port' en agné

Rapenoz lui porte un agneau

Que n'a po mai de tray semane,

Qui n'a pas plus de trois semaines

La fenna, que lo sui de pré,

Sa femme, qui le suit de près

Le dove man dan se mitane,

Les deux mains dans ses mitaines

So son bray li port' on polet

Sous son bras lui porte un poulet

E on boquet de sapolet.

Et un bouquet de serpolet.

Lo granzi de madam' Umé

Le granger de madame Humé

E lo pontani de Pon-Saille,

Et le pontonier de Pont-Seille

Avoui la tanta Salomé,

Avec la tante Salomé

Li porton çoquion na polaille,

Lui portent chacun une volaille

Si n'ère po lo rédo tan,

Si ce n'était pas le mauvais temps

Vo varay bin d'autrou presan.

Vous verriez bien d'autres présents.

Liaudo, lo fieu de l'Isabiau,

Claude, le fils d'Isabeau

Porti dans on pani de paille

Porta dans un panier de paille

Ena dozinna de pruniau,

Une douzaine de pruneaux

E on petiet sechet d'anaille

Et un petit sachet de noisettes

Pre fair' on presan à son tor ;

Pour faire un présent à son tour

I le trovera ben' on zor.

Il (l'Enfant) les trouvera bonnes un jour.

Autrefay voutre vilie man,

Autrefois vos vieilles mères

Pandan qu'elle'èran oncor zoune,

Pendant qu'elles étaient encore jeunes

Eran bin-venie vé l'anfan

Etaient bien-venues vers l'Enfant

Pre leu preyir' é leus armoune.

Par leurs prières et leurs aumônes

Se vos an veliay fair'atan,

Si vous vouliez en faire autant

Vo n'y padray po voutron tan.

Vous ne perdriez pas votre temps

Pre may, ze n'ublere zamai

Pour moi, je n'oublierai jamais

Çan que z'é viu dan la çarire,

Ce que j'ai vu dans le chemin

L'étayla qu'on vaysè de pré

L'étoile qu'on voyait de près

E que faisè tan de lemire

Et qui faisait tant de lumière.

Qu'on vaysé noutron colombi

Qu'on voyait notre colombier

Din lo por tan qu'u mulin Bi.

Depuis le port jusqu'au moulin Bi (moulin du bief, du ruisseau).

Cé qu'ufanson ç'li bal Anfan,

Ceux qui offensent ce bel Enfant

I dayran mai zeté de larme

Ils devraient plus verser de larmes

Qu'i n' y-a d'aigue dan lous étan,

Qu'il n'y a d'eau dans les étangs

Qui n' y-a de sobla su le çarme ;

Qu'il n'y a de sable sur les Charmes

Oncor ne fairan-t-i po preu

Encore ne feraient-ils pas assez

Per apaisi ç'li bon Segneu.

Pour apaiser ce bon Seigneur.

 

 


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