Noëls de Pont-de-Vaux

Noël de Reyssouze

Sur l'air : Or nous dites, Marie. N° XI.

 

 

On çant' ena noval a

On chante une merveille

Dan noutrous ameran :

Dans nos demeures

Y é qu'on vay n'étayl ;

C'est qu'on voit une étoile

Que senouze-t-é çan ?

Qui signifie cela ?

On di qu'ena peuçal a ,

On dit qu'une pucelle

Que n'a po quatorz' ian,

Qui n'a pas quatorze ans

Dan na pouvra cadal a ,

Dans une pauvre chaumière

Vin de fair' en Anfan.

Vient de faire un enfant.

On di que su la Crouz a ,

On dit que sur la Croze

Lo sère Benamor,

Le sire Bonamour

A bin viu n'autra çous a ,

A bien vu autre chose

Quatr' eure devan zor :

Quatre heures avant le jour

Pré de la Puzenire,

Près de la Puginière

Dés anzo çantivan,

Des anges chantaient

Dans on çar de lemire,

Dans un char de lumière

La venia d'en Anfan.

La venue d'un Enfant.

Dète, Métro Gueliaum o ,

Dites, Maître Guillaume

U no lo porin vay ;

Où nous le pourrons voir

E-t-i dan lo reyaum o ,

Est-il dans le royaume

U bin é-ti deçay ?

Ou bien est-il deçà ?

El é dedan n'étobl o

Il est dans une étable

Qu'é découart' à meytia,

Qui est découverte à moitié

Se pouvr' é miserobl o

Si pauvre et misérable

Qu'i vo faire pedia.

Qu'il vous ferait pitié.

Dète-no lo veloz o

Dites-nous le village

Uv on lo pou trové ;

Où on le peut trouver

Nos in tui bon corozo

Nous avons tous bon courage

Pre l'alé adoré.

Pour l'aller adorer

Aprante de le clioce

Apprenez des cloches

Uv i é ç'li Ray dé Ray ;

Où il est ce Roi des Rois

Alé dan la parosse,

Allez dans la paroisse

É vo l'y troveray.

Et vous le trouverez.

Dète-no, Sèr' Antoin o ,

Dîtes-nous, Sire Antoine

Ne li porté-vo ran?

Ne lui portez-vous rien ?

E que li porterin-n o

Et que lui porterons-nous

pre li fair' on presan ?

Pour lui faire un présent?

Se vos avé tui l'ém o

Si vous avez tous l'esprit

De faire coman may,

De faire comme moi

Vo vo baré vo-mém o

Vous vous donnerez vous-mêmes

A ç'li gran Ray dé Ray.

A ce grand Roi des Rois.

Mai vecia l'onclio Zôque

Mais voici l'oncle Jacques

Que revin de lo vay,

Qui revient de le voir

Que n'atan po à Pôque

Qui n'attend pas à Pâques

Pre faire son devay.

Pour faire son devoir.

I vin za de l'eylise

Il revient déjà de l'église

D'adoré cel Anfan,

D'adorer cet Enfant

Nostan la réda bise

Malgré la raide bise

Que to zel' é to fan.

Qui tout gèle et tout fend.

Dète-no don, Zerôm o ,

Dites-nous donc, Jérôme

Çan qu'on di de ç'l Anfan ;

Ce qu'on dit de cet Enfant

Sere-t-i bin lo mém o

Serait-il bien le même

Don parlon tan de zan ?

Dont parlent tant de gens ?

Ze say qu'i vin su tar a

Je sais qu'il vient sur terre

Dan lo çar de Davi,

Dans le char de David

Per y faire la gar a

Pour y faire la guerre

A tui lou renevi.

A tous les avaricieux.

Tui cé que lo visit on

Tous ceux qui le visitent

N'y van po bray pandan ;

N'y vont pas bras pendants

Le motette li port on

Les fillettes lui portent

Çoquiena leu presan.

Chacune leur présent

Monin é sa Denis a

Monin et sa Denise

Li porton du pelé;

Lui portent du pilié

La Françon é la Loays a ,

La Françoise et la Louise

On plin pani d'ua fré.

Un plein panier d'œufs frais.

La Vierze benourieus a

La Vierge bienheureuse

Lieu demandi prequay

Leur demanda pourquoi

Le felie de Résseuz a

Les filles de Reyssouze

N'éran po tot' an pay:

N'étaient pas toutes en paix:

Bouçi de la Vadout a

Boucher de la Valdote

E la Marya Monin

Et la Marie Monin

An betiron la faut a

En jetèrent la faute

Su monse Tevenin.

sur monsieur Thévenin.

Lous autrou qui suivir on

Les autres qui suivirent

Firon leu bin-venia

Firent leur bienvenue

Quan I li presantir on

Quand ils lui présentèrent

On po de davènia.

Un pot de prunes sèches

Lo sère Mati Lop a

Le sire Mathieu Lope

E la Mayria Zayé

Et la Marie Jayet

Le portiron na cop a

Lui portèrent une coupe

De payre forneyé

De poires séchées au four.

Dèto-no, Sère Piar o ,

Dites-nous, Sire Pierre

S'El in na Cordanine porti po du boar o

Si Hélène Cordonnier, ne porta pas du beurre

Dan son bravo pani ?

Dans son joli panier ?

El ère plin de payre

Il était plein de poires

Qu'on manze dan l'evar,

Qu'on mange dans l'hiver

Qu'ell' ave beté coayre

Qu'elle avait mises cuire

Dan na clioce de far.

Dans une cloche de fer.

Cé que venion u Tampl o

Ceux qui viennent au Temple

Lo dimance matin,

Le dimanche matin

Balion-t-i ben ézampl o

Donnent-ils bon exemple

A cé qu'an son vaysin ?

A ceux qui en sont voisins ?

I se laisson conduire

Ils se laissent conduire

San savay ùv i van ;

Sans savoir où ils vont

I son dan la lemire

Ils sont dans la lumière

E i n'y veyon ran.

Et ils n'y voient rien.

Plaignin cé miserobl o

Plaignons ces misérables

Que ne sayran trové

Qui ne sauraient trouver

Ne l'Anfan ne l'étobl o

Ni l'Enfant ni l'étable

Pre veni l'adoré.

Pour venir l'adorer

I son tui noutrou frère

Ils sont tous nos frères

Que se son dévoya ;

Qui se sont égarés

Elo ! bon di, qu'an faire,

Hélas ! bon Dieu, qu'en faire,

Se vo n'an ay pedia !

Si vous n'en avez pitié !

On di pre lo veloz o

On dit par le village

Qu'i sorton du payi.

Qu'ils sortent du pays

Qu'i porton gran domoz o ,

Qu'ils causent grand dommage

E que nion ne lou voui.

Et que personne ne les veut

Çoquion per assuirance,

Chacun avec assurance

Di que Loyi-lo-Gran

Dit que Louis-le-Grand

Voui défanzi la France

Veut purger la France

De ç'la sorta de zan.

De cette sorte de gens.

 

 


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