Noëls de Pont-de-Vaux

Le mystère de l'incarnation

Sur l'air : La Liauda s'alan promeno. N° XVI.

 

Lo péro

Le père

Qu'é-t-y çan, que z'antan çanté ?

Qu'est-ce-que cela, qua j'entends chanter ?

Live-te, Zan, va écuté.

Lève-toi, Jean, va écouter.

Lo fi

Le fils

Péro, ze vay lous anze

Père, je vois les anges

Que çanton le loanze

Qui chantent les louanges

Du Creyateu de l'univar

Du Créateur de l'Univers

Que vin no teri de l'anfar.

Qui vient nous tirer de l'enfer.

N' y a po n'eura qu'on é cucia,

Il n'y a pas une heure qu'on est couché

E lo seleu relui dezia.

Et le soleil reluit déjà

Bon Di ! qué gran lemire

Bon Dieu ! quelle grande lumière

Pré de la Puzenire !

Près de la Pigeonnière !

Péro, que senouze-t-é çan ?

Père, qu'annonce donc cela ?

Dète-me, n'an sayre-vo ran ?

Dites-moi, n'en sauriez-vous rien ?

Lo péro

Le père

Voay, Zan, mon garçon, ze say bin ;

Oui, Jean, mon garçon, je sais bien

Ecute-me é t'an sovin.

Ecoute-moi et t'en souviens

Se nos in de la gara

Si nous avons de la guerre

E du mau su la tara

Et du mal sur la terre

E pi de meciante sayson,

Et puis de mauvaises saisons

Çan n'aréve po san rayson.

Cela n'arrive pas sans raison

Quand Dieu fi l'om' à l'an premi

Quand Dieu fit l'homme à l'an premier

I lo beti dan son curti ;

Il le plaça dans son jardin

Mai i li fi défanse

Mais il lui fit défense

De toci à na brance

De toucher à une branche

Que portive du frui bin biau,

Qui portait des fruits bien baux

Mai que n'ère po pre son no.

Mais qui n'étaient pas pour son nez.

L'omoelie bin s'an gardé,

L'homme voulait bien s'en garder

Mai la fenn' an veci tôté ;

Mais la femme en voulut tâter

E say, de compania ,

Et lui, de compagnie

Manzi avoui sa mia .

Mangea avec sa femme.

Garde-te bin, Zan, mon garçon,

Garde-toi bien, Jean, mon garçon

De celé manzeu de bonbon.

De ces mangeurs de bonbons.

I se caçiron dezandé

Ils se cachèrent aussitôt

Qu'i cognuron d'avay mau fai ;

Qu'ils connurent d'avoir mal fait

Mai lou mau-fin qn'el èran

Mais les maladroits qu'ils étaient

Furon decouar ù l'èran .

Furent découverts où ils étaient

Dieu deci à cé mau-faisan :

Dieu dit à ces coupables :

Ah ! ze vos abaderé bian !

Ah ! je vous mettrai bien dehors !

I lou çaci du paradi

Il les chassa du paradis

E a l'anfar lou condani :

Et à l'enfer les condamna

Lo pis é que nos autre,

Le pis est que nous autres

Que n'in po fai la faute,

Qui n'avons pas fait la faute

An porterin la pôt' u for,

En porterons la pâte au four

Se no ne sarvin Dieu tozor.

Si nous ne servons Dieu toujours.

Mai ne no desesperin po,

Mais ne nous désespérons pas

Y a de reméd' à tui lou mau.

Il y a remède à tous les maux

Coman di noutron prétro ,

Comme dit notre prêtre

I vin on noviau métro ,

Il vient un nouveau maître

Pre no teri de ç'li moleu

Pour nous tirer de ce malheur

Que day faire garlé de peu.

Qui doit nous faire trembler de peur.

 

Y é lo Fi d'on Dieu-to-puessan

C'est le Fils d'un Dieu tout-puissant

Que day veni se fair'anfan.

Qui doit se faire enfant

Z'é lu çan dans on livro

J'ai lu ça dans un livre

Se vieu qu'il an é bouiro .

Si vieux qu'il en est gras

Ze fromo qu'i vin d'arevé,

J'imagine qu'il vient d'arriver

Y é pre çan qu'on antan çanté.

C'est pour ça qu'on entend chanter.

Lo fi

Péro, alin don le çorci,

Père, allons donc le chercher

I ne fau po no recuci :

Il ne faut pas nous recoucher

Betin-no dan la téta

Mettons-nous dans la tête

D'alé vay cela fét;

D'aller voir cette fête

Ze va prandre men écoton,

Je vais prendre mon hécotton (grand gilet-chale)

Mou seulay é mon gran bôton.

Mes souliers et mon grand bâton.

Lo péro

Z'omo ta bena volonté,

J'aime ta bonne volonté

Zan, mon garçon, çanqui' é bin fai ;

Jean, mon garçon, cela est bien fait

Mai criya don ta mayre,

Mais appelle ta mère

Te sereu é ton frayre ;

Tes sœurs et ton frère

Pre may, ze gardere l'outo,

Pour moi, je garderai la maison

Car ze ne pou ple guér'alo.

Car je ne puis guère aller.

Lo fi

Alin, i fau tui vo levé,

Allons, il faut vous lever

On meroclio vin d'arevé ;

Un miracle vient d'arriver

On Dieu se vin fair'omo

Un Dieu se vient faire homme

Pre l'amor qui nos om;

Parce qu'il nous aime

I vin noutre dayte payi.

Il vient payer nos dettes

Alin li don dire gran marci.

Allons donc lui dire grand merci.

Lo péro

Mai n'alé po lou bray pandan,

Mais n'allez pas les bras pendants

Que çoquion li port'on presan.

Que chacun lui porte un présent

Preni de la fairena ,

Prenez de la farine

Que siè de la ple fena ,

Qui soit de la plus fine

Pre fair' à l'Anfan de le peu ;

Pour faire à l'Enfant des bouillies

I n' y a ran pre say de melieu.

Il n'y a rien pour lui de meilleur.

La mayre de ç'li brovo Ray,

La Mère de ce joli Roi

Merete bin qu'on pans' à say.

Mérite bien qu'on pense à elle

Fau porté de quay faire,

Il faut porter de quoi faire

La sop' à la Comaire ;

La soupe à la Commère

Tailli du pan avoui du lar,

Coupez du pain avec du lard

E porté çoquion voutra par.

Et portez chacun votre part.

Lo petiet frayre

Z'é dedan ma caf' on cuté

J'ai dans ma poche un couteau

Que ze voui ari li porté,

Que je veux aussi lui porter

Avoui ena layure

Avec une layette

De brove bardelure,

D'une belle rayure

Pre l'anmailloté propraman,

Pour l'emmaillotter proprement

E lo teni bin çaudaman.

Et le tenir bien chaudement.

La granta sereu

May, ze barre, pre lo çanzi,

Moi, je lui donnerai, pour le changer

Lou pié que ma gran-man me fi,

Les drapeaux que ma grand'mère me fit

De la toile rossetta

Des la toile rousse

Pre fair' ena coayfetta ,

Pour faire une coiffe

A la Mayre, épis on bonet

A la Mère, et puis un bonnet

A l'Anfan, pre veri lo fret.

A l'Enfant, pour détourner le froid.

La petietta sereu

May, ze barre bin mon miton

Moi, je donnerai bien mon manchon

Pr' éceudé lou day du Popon ;

Pour échauffer les doigts du Poupon ;

Z'amplire sa panire

J'emplirai sa panière

De cuan de ma bonire ;

De coings de ma bonière (petite provision de fruits que font les enfants)

E pi, quant i sera ple gran,

Et puis, quand il sera plus grand

Ze lo minnere bin an çan.

Je le mènerai bien en champ.

 

 


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