Noëls de Bourg-en-Bresse

Noël de Saint-Rémy

Sur l'air : le branle de Lanturlu n°IV.

 

Meygna, poro-vo bin crayre

Garçons, pourrez-vous bien croire

Qu'on ben Anzo m'a fai vay,

Qu'un bon Ange m'a fait voir

U zamia ne puisso bayre,

Ou jamais ne puissé-je boire (si ce n'est pas vrai)

Lo Métre de tui lou Ray,

Le Maître de tous les Rois

Dedan na granze bin frèce

Dans une grange bien froide

U z'é viu lo meuzelion

Où j'ai vu le museau

D'en ôno dedan la crèce

D'un âne dans la crèche

Li flero lo beurelion.

Lui flairer le nombril.

Oncor que l'é miserobl o ,

Encore qu'il soit misérable,

Pertan vo dète savay

Pourtant vous devez savoir

Qu'y ave dedan l'étobl o

Qu'il y avait dans l'étable

Tan de çapla per lo vay,

Tant de presse pour le voir

Qu'on ave quosi prau p in ne

Qu'on avait presque assez peine

De verié, de se torno

De se virer, de se tourner

An li balian quoqu'étr in ne

En lui donnant quelque étrenne

Per li vay lo bu du no.

Pour lui voir le bout du nez.

E s'y fasse de merocl io

Il s'y faisait des miracles

Mai de co, mai de peillé :

Plus nombreux que les feuilles de maïs

Cé qu'èran demoniocl o

Ceux qui étaient démoniaques

Garivan san se grillé.

Guérissaient sans se griller

Prau qu'avan tray day de rogne

Beaucoup qui avaient trois doigts de rognes

Ecrofovan de lo vay;

S'écroûtaient en le voyant

Cé que puvan la çarogne

Ceux qui puaient la charogne

Garivan tui to biau dray.

Guérissaient tout aussitôt.

Ion, que le fivre quart in n a

Un, que la fièvre quarte

Avan quosi desém o ,

Avait presque rendu fou

Biu d'édie d'ena font in n a

But de l'eau d'une fontaine

Que garive de to mau.

Qui guérissait de tous maux

Ma fay, ze vo certifi o

Ma foi, je vous certifie

Que z'an viu'n autro gari,

Que j'en ai vu un autre guéri

Qu'ave lo vantro, lo fi o

Qui avait le ventre, le foie

É lo pormon to pori .

Et le poumon tout pourris.

On y tochove d'oubode

On y jouait des aubades

E pi de brove çanson ;

Et puis de jolies chansons

On y fasse de gambode

On y faisait des gambades

Mai de tote le façon.

De toutes les façons

Dou gran tocheu de musett a

Deux grands joueurs de musettes

Y çaplovan se menu

Y frappaient la mesure si vite

Qu'on danchove su l'erbett a

Qu'on dansait sur l'herbette

Lo branle de Lanturlu.

Le branle de Lanturlu.

Lo diablo sinti la fét a ,

Le diable sentit la fête

I s'aproci per ou vay,

Il approcha pour le voir

I veussi buto la tét a

Il voulut mettre la tête

Per on golet de paray ;

A un trou de cloison

San Zosé de sa varlop a

Saint-Joseph de sa varlope

Li foiti na bardolia

Lui appliqua un soufflet

Que l'an ave, la charop a ,

Dont il eut la sale bête

Lo gron tot écarmalia.

Le groin tout écarbouillé

I fi lo foua per le nare,

Il fit le feu par les narines

E ne fasse que bulo.

Et ne faisait que beugler

Mai lous Anz', à co de bare,

Mais les Anges, à coup de barre

Lo fassan bin réculo.

Le faisaient bien reculer

On li buti le moraille

On lui mit les morailles

Çaussa de tola façon

Chaussées de telle façon

Qu'i çorç' oncor de tenaille

Qu'il cherche encore des tenailles

Per brigé son cavarçon.

Pour briser son caveçon.

Ze fartaliove de rire

Je frétillais de rire

D'an vay fore de pôti ;

D'en voir faire chair à pâté

I bruisse per le çarire

Il bruyait par les chemins

Com' on fouet de çareti ;

Comme un fouet de charretier

E l'u biau m in no sa vouarp a ,

Et il eut beau jouer de la harpe

I n'u ran per se cacé,

Il n'eut rien pour se cacher

E dan na méçanta sarv a

Et dans un sale réservoir

I fi lo cu trabeucé.

Il fit la culbute.

San Zosé pri se lunette,

Saint-Joseph prit ses lunettes

Que venive de poigi,

Il venait de puiser

Va çorcé des alumette

Va chercher des allumettes

Per atuigi son croigi.

Pour allumer sa petite lampe en forme de croix

Mai l'aura que lo soflove

Mais l'air qui soufflait

Per mai de tranta golet,

Par plus de trente sous

Tan de co qu'i se béchove,

Autant de fois qu'il se baissait

Fasse cère son bonet.

Faisait choir son bonnet.

Que tui cé de la parosse

Que tous ceux de la paroisse

Ne manquan po de veni

Ne manquent pas de venir

U premi co de la clioce

Aux premiers coups de la cloche

A la mess' à San-Remi.

A la messe de Saint-Rémy

Ze lieu fare vay lo pore

Je leur ferai voir le père nourricier

E l'Efan, san se molié,

Et l'Enfant, sans se mouiller

E pi na brova Comore,

Et puis une jolie Commère

San guéro se capolié.

Sans guère se capouiller (se metre dans la boue).

 

 


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