Noëls de Bourg-en-Bresse
Noël de Jasseron
Sur l'air : quo vot oyi na novala n°3
Que vot oyi na novala
Qui veut ouïr une nouvelle
Que lous Anz' ont aporta ,
Que les Anges ont apportée,
La ple bena, la ple bala
La meilleure, la plus belle
Qu'on n'ussi zamai conta ?
Qu'on ait jamais contée ?
Cho fi que noutre viou pare
Ce fils que nos vieux pères
Avan se gran fan de vay,
Avaient si grand'faim de voir
Marion vin de lo fare
Marion vient de le faire
Vé lo faubor de Belay.
Vers le faubourg de Belley.
Dans ena méçanté granze
Dans une méchante grange
Que n'a ne mu, ne paray,
Qui n'a ni murs ni cloisons
Meraville bin estranze!
Merveille bien étrange
E nacu lo Ray dè Ray.
Est né le Roi des Rois.
La More de Di, peuçala ,
La Mère de Dieu, vierge,
Assetou qu'elle l'a viou,
Aussitôt qu'elle l'a vu,
L'anvelop'an sa gonala,
L'enveloppe dans sa jupe
Per fauta de cuvertiou.
Faute de couverture.
Ela ! le n'è pa se rèce
Hélas ! elle n'est pas si riche
D'avay on cruet per l'Efan,
(qu'elle puisse) avoir un berceau pour l'Enfant
Le lo bute dan la crèce
Elle le met dans la crèche
Dessu on petion de fan.
Dessus un peu de foin.
Lo bon Zosé que reguétie
Le bon Joseph qui regarde
Coman i gréle de fray,
Comment il grelotte de froid
Va détacé douve béte
Va détacher deux bêtes
Per veni sofla sou day.
Pour venir souffler ses doigts.
Lo bon Colon s'azeneille
Le bon Colon (c'est le nom d'un bœuf blanc) s'agenouille
D'acouta li per onou ;
A côté de lui par honneur
L'âno fa de ses oreille
L'âne fait de ses oreilles
La fét'à noutron Segnou.
La fête à notre Seigneur.
Lous Anze minnon d'aubade
Les Anges mènent (chantent) des aubades
Per lo tan, tot à l'antor ;
Par le temps (dans les airs), tout à l'entour
Lou berzi fon de gambade
Les bergers font gambades
To lo valan du faubor.
Tout le long du faubourg.
N'iran-no pa vay l'étroyse
N'irons-nous pas voir la misère
De cho Mottet tan goti?
De cet Enfant tant aimé?
On di que l'é vé l'égleyse;
On dit qu'il est vers l'église
E nos y fau to cori.
Il nous y faut tous courir.
Pran me chela corda, tire
Prends-moi cette corde, tire
Sona per fare veni
Sonne pour faire venir
Chelou de la Caronire
Ceux de la Caronnière
E lo compare Deni.
Et le compère Denis.
Cé de vé Flaman s'egreyon ,
Ceux de vers Flamand s'aigrissent (sont jaloux)
I viston leu biau seillon
Ils visitent leurs beaux sillons
Per amou de çan qu'i veyon
Parce qu'ils voient
Pana cé de ché Beyon.
S'essuyer (se sécher) ceux (les sillons) de chez Beïon.
Chétie de le Combe modon ,
Ceux des Combes (hameau sur la montagne) partent
I venion avar chautan.
Ils viennent en bas en sautant
Cé de San-Ju ne s'émodon
Ceux de Saint-Just ne se mettent en chemin
Que quan la chevr'a mau tan.
Que quand la chèvre à mauvais temps.
Faray-vo torzo la cagne,
Ferez-vous toujours la cagne (les paresseux)
Ne vo liveray-vo pa ?
Ne vous lèverez-vous pas ?
Coitie-vo, zan de la Chagne
Presez-vous, gens de la Chagne
E de la Truchir'avoa.
Et de la Torchère avec.
Oyi lo son de la clioce,
Entendez le son de la cloche
Buta-vo tui per cemin ;
Mettez-vous tous en chemin
Mai n'essubla pa la froce
Mais n'oubliez pas le froc (la soutane)
De monsu Zan Guillermin.
De monsieur Jean Guillermin.
Bertran attige lo ciro ,
Bertrand allume le cierge,
E me criyon cé jasar
Et me crient ces jaseurs
Que son per le cimétiro :
Qui sont par le cimetière (le cimetière était autour de l'église)
Çanta, monsu Batasar.
Chante, monsieur Balthasar.
Antra, vo que saite lire,
Entrez, vous qui savez lire
Per respondre dan la scia,
Pour répondre dans le choeur
Etor, liaudo de Boissire
Hector, Claude de Boissière
E Pernet l'anroyassia.
Et Pernet l'entrepreneur.
Priyan l'Efan é la Mare
Prions l'Enfant et la Mère
Qu'i gardan bin noutron Ray :
Qu'ils gardent bien notre Roi
Cé que li vudron mau fare
(que) ceux qui lui voudront mal faire
Mala tara lou veray !
Mauvaise terre les tourne ! (qu'il leur arrive malheur)
Meygna, se no vulian crayre
Garcons, si nous voulons croire
Lou biau-pare qu'an prona,
Les beaux-pères (titre qu'on donnait autrefois aux religieux) qui ont prêché
Nos aran prau vin à bayre
Nous aurons assez de vin à boire
E torzo de quay dina.
Et toujours de quoi manger.
E ne no faudra zin crandre
Il ne nous faudra point craindre
Ne gara, ne carabin,
Ni guerre, ni carabins (nom que portaient certaines compagnies de cavalerie)
Per tan qu'on se vulie randre
Pour peu qu'on veuille se rendre
On pou tretui zan de bin.
Un peu tous gens de bien.
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